CARTOGRAPHIER L’INVISIBLE

En lien de plus en plus intime avec nos téléphones, nous peinons davantage à nous en séparer. La nomophobie, qui a été élu mot de l’année 2018 par le comité du Cambridge Dictionnary, est une angoisse ou une inquiétude ressentie à l’idée de se trouver sans téléphone mobile. Elle touche surtout les jeunes entre 18 et 25 ans. Attention les plus âgés ne sont pas non plus à l’abri. De ce fait, ils nous arrivent tous de l’utiliser à des moments malvenus, comme dans la rue en marchant, ou en pleine conversation devant un ami (ne faites pas ça !). Cet usage devient alors problématique lorsqu’il absorbe toute notre attention et peut nous pousser à avoir des comportements dangereux, comme passer au passage piéton sans regarder si les voies sont entièrement libres.

Dans un premier temps, je me suis intéressé aux rayons “révélateurs” comme les ultraviolets et les rayons infrarouges. Les ultraviolets révèlent les matières organiques. Grâce à ses rayons et par le procédé de captation 3D, mon intention était de révéler par la photogrammétrie un nouveau point de vue d’une pièce. Révéler des visions que l’on a pas afin de montrer au spectateur que sa vision n’est pas unique et qu’il ne détient pas la vérité Puis, lors d’un essai de la technique de la photogrammétrie, à partir du logiciel que j’avais à ma disposition il m’était impossible de scanner une pièce entière, ou alors un LiDAR (=  Laser Imaging Detection And Ranging = technique de mesure à distance fondée sur l’analyse des propriétés d’un faisceau de lumière renvoyé vers son émetteur) était nécessaire. j’ai alors décidé de retranscrire mon idée à travers un objet dans lequel tout le monde pouvait se reconnaître car le rendu était satisfaisant lorsqu’on scannait un objet. Cependant pour un rendu, il faut que l’objet ou l’espace est beaucoup de texture pour que de photos en photos l’application puisse reconnaitre l’espace et faire la spatialisation. Or dans le noir ou presque ( sous UV), cela est impossible. Expérimentations vidéos à l’appui. J’ai donc abandonné cette piste.

Poubelle modélisée en 3D
Test de photogrammétrie sur objet peu éclairé


En parallèle, j’ai travaillé sur ma piste principale qui traite de notre addiction au smartphone. Plus précisement, je me suis intéressé aux “smombies”, ces personnes qui marchent dans la rue en regardant leur téléphone fixement. Pendant ces moments ils ne sont pas attentifs à ce qu’il se passe autour d’eux. Cela peut s’avérer dangereux pour eux et ceux qui les entourent, surtout lorsque ces derniers traversent un passage piéton sans prêter attention à la circulation. J’ai donc voulu révéler le flux de personnes concentrées sur leur mobile lorsqu’ils traversent la route. Ainsi j’ai réalisé le protocole suivant pour récolter mes données.

Trouver/Choisir un passage piéton où il y a beaucoup de passage.

Filmer celui-ci 10 à 15 minutes en plan fixe.

Visionner et revisionner la vidéo pour d’abord faire des statistiques du nombre de personnes traversant la route en regardant leur téléphone.

Dès lors mon projet s’est transformé en visualisation de données plutôt qu’en cartographie. Après avoir récolter les données, j’ai noté le passage des smombies. Je les ai pris en capture d’écran. Puis de là, j’ai fait des expérimentations graphiques pour rendre compte de ce flux important (ce que je voulais démontrer) de smombies. J’ai donc voulu jouer sur l’accumulation. J’ai alors choisi de superposer tous les screenshots afin d’avoir une vue d’ensemble de tous les smombies en moins de 15 minutes sur le même passage piéton. En parallèle, j’ai fait des expérimentations au feutre, à la peinture et j’ai emprunté l’esthétique des caméras de sécurité pour ma vidéo afin que le spectateur soit en face d’un contenu qui semblerait d’autorité publique donc détenant d’une vérité proche de la réalité. C’est ce que symbolise la caméra de surveillance. De ce fait, j’ai aussi repris l’identité graphique des intelligences artificielles chinoises qui permettent la reconnaissance faciale pour mettre en évidence l’usage du téléphone des passants. Puis, en reprenant la chronophotographie inventé par Étienne-Jules Marey, j’ai fait une animation où j’ai réalisé une interpolation mettant en évidence le moment du trajet où le smombie est inattentif, dès qu’il plonge dans son téléphone jusqu’au moment où il en sort. Mon intention était de reproduire ce procédé sur tous les smombies pris en flagrant délit pour obtenir une accumulation de ces derniers et faire comprendre au spectateur qu’on le fait presque tous. De ce fait, il faut y faire attention. Mon projet a une dimension préventive. Il pourrait être commandité par l’État dans le cadre de la protection des citoyens.

Les vidéos de la captation sont trop lourdes et ne parviennent à être ajouté au site.

Dans cette même idée, j’ai refait une animation avec une interpolation, mais avec un effet boomerang de sorte à ce que l’image dupliquée du smombie revienne à lui au moment où il relève la tête, car il re-rentre dans la vie réelle (cf. vidéo). Enfin j’ai capté une deuxième vidéo en plongée sur un passage piéton plus fréquenté et avec un point de vue plus haut se rapprochant de celui de la caméra de surveillance.

DNMADeGR2 Texture, Recherche et prospective